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Elle est comédienne. Elle est chanteuse. Parfois elle joue. Parfois elle chante. Sur scène, souvent, elle joue et chante à la fois, mêlant ses deux casquettes, ses deux talents.

Pour son nouvel opus, Maria Teresa retrouve « sa famille » artistique : le guitariste Toninho do Carmo, qui assure la direction musicale et mitonne des arrangements sur mesure pour un florilège de grands classiques des années 70 et 80 savamment sélectionné par Isabel Ribeiro, complice de toujours. Seize chansons célèbres, qui ont été mille fois chantées, rechantées, interprétées, réinterprétées. C’est dire le risque pris, l’enjeu du pari!

Lovée dans les accords de la guitare de Toninho do Carmo, portée par ses magnifiques arrangements, Maria Teresa surfe sur ce répertoire avec une aisance déconcertante, s’appropriant chaque titre, faisant sienne chaque chanson, qu’elle remodèle avec son registre personnel, gommant l’ombre des interprétations qui ont précédé.

Plus qu’un style, qui relève la part du pensé, de l’élaboré,  c’est une nature, avec ce que cela suppose d’inconscient, d’inné,  que dévoile le chant tout en douceur et demi-teintes de Maria Teresa. L’originalité et la saveur indéniable du chant tient pour beaucoup à ce répertoire brésilien (à l’exception de trois titres en anglais) interprété par une voix portugaise avec une très légère pointe de l’accent qui différencie le portugais du brésilien. Et voilà de grands classiques brésiliens,  affublés de nouveaux atours : diction, phrasé, phonétique et intonations inédites, qui impriment un autre rythme au rythme naturel de la langue brésilienne. Il n’y a néanmoins aucune référence au fado, chant passionné aux accents tragiques, chez Maria Teresa. C’est plutôt avec dépouillement,  simplicité, épure qu’elle imprime ses propres ondulations et une nonchalance toute personnelle au répertoire complexe et difficile auquel elle s’est attaquée.

De Caetano Veloso à João Bosco en passant par Gilberto Gil, Paul Simon, Chico Buarque, Tom Jobim, Arrigo Barnabé, Djavan, Joyce,  John Lennon et Rita Lee,  le répertoire convoque les porte-parole de la tradition, les novateurs iconoclastes, leurs héritiers immédiats, les arrières et les avant garde de la musique brésilienne et anglo-saxonne.

En seize chansons l’album décrypte la vie des Hommes (qu’ils soient hommes ou femmes), avec leurs faiblesses, leurs beautés, leurs rêves, leurs passions, leurs mesquineries, leurs trahisons, leurs jalousies, leurs victoires. Petit clin d’œil dirait-on à sa propre diversité culturelle, française d’origine portugaise,  Maria Teresa  s’empare de « Prêt-à-porter de tafeta », chant d’humour signé du brésilien João Bosco, tout en jeux de mots franco-portugais.

Curieusement, cet album qui fait appel à des talents éclectiques – de l’équipe qui entoure la chanteuse aux auteurs-compositeurs – est un album absolument personnel et original. C’est là le talent de Maria Teresa.

Dominique Dreyfus