écouter (30 sec. aperçu)

1 Sabor de quê?

2 Maridinho Adorado

3 O orgasmo ao alcance de todos

4 Boca da noite

5 Canção dos pirilampos

6 Suite formica vermelha (bientôt)

7 Nome : Durango (bientôt)

8 Suite Claras e Crocodilos (bientôt)

Dans le panorama musical du Brésil, Arrigo Barnabé est un artiste hors norme. Né dans le sud du pays, en 1951, il a grandi à São Paulo. Ce qui tout compte fait, le ramène à la plus grande normalité.C’est que, contrairement à Rio de Janeiro, à Bahia, à la région Nordeste, au Rio Grande do Sul qui ont tous donné naissance à des genres musicaux propres, que ce soit dans le domaine du folklore ou celui de la musique populaire, São Paulo ne possède aucun genre musical spécifique. De ce fait la grande mégalopole brésilienne les a toutes. A São Paulo, véritable bouillon de culture, la musique se questionne, se repositionne, se réinvente.

Compositeur qui manie la musique dodécaphonique, atonale, qui cuisine dans le même chaudron musique savante, populaire, jazz et rock, qui fait jouer en chœur orchestre symphonique, groupe pop, bande de hard rock, quatuor à cordes, Arrigo Barnabé n’est rien de plus qu’un authentique pauliste. Et également un des leaders de la Vanguarda Paulista, mouvement culturel dont la modernité et le caractère expérimental sont portés par son nom même. Née à l’aube des années 1980, cet avant-garde surfe sur la vague soulevée par le Tropicalisme. Arrigo Barnabé et ses complices Itamar Assunção, les chanteuses Eliete Negreiros, Tetê Espindola, Vania Bastos, les groupes rocks Premeditando o Breque, Lingua de Trapo… se réapproprient, en l’actualisant et lui imprimant leur accent pauliste, la démarche novatrice proposée à la fin des années 1960 par Caetano Veloso, Gilberto Gil et – sur le plan de la recherche formelle – par Tom Zé.

D’une double formation universitaire – architecture et musique, section composition – il a gardé un goût pour l’image, à laquelle sa musique est indéfectiblement liée. Musique pour l’image, comme celle qu’il ne cesse de composer, depuis plus de trente ans, pour le cinéma. Mais également musique imagée, comme celles façonnées à la manière d’un « opéra BD ».

Ecrite pour Orchestre Symphonique et groupe rock, Clara Crocodilo, premier album sorti en 1980 donne d’emblée le ton. Avec sa prosodie annonciatrice d’un rap qui ne tardera pas à éclore au Brésil, l’œuvre plantait le décor d’une musique résolument urbaine, à la frontière du savant et du populaire, avec son répertoire fait de récits de vie en désespérance d’une faune issue des bas fonds de la cité, marginaux et mauvais garçons.

D’autres albums suivront. Avec eux les concerts, les tournées. En 2008, Arrigo est invité à se produire au Chili avec le répertoire de Clara Crocodilo, album réédité en 1999. Il ne faudrait pas croire que j’en ai fait mon fond de commerce. Mais c’est ce que l’on m’a demandé pour le concert chilien. Puisqu’il faut exécuter un répertoire ancien, Arrigo en renouvèlera les exécutants : aux vieux compères de toujours, le producteur musical Paulo Braga au piano et Mario Manga à la guitare, se joindront alors quatre Lotitas à peine sortie de l’adolescence et de l’université où elles ont suivi une formation musicale rigoureuse : Ana Karina à la basse, Maria Beraldo Bastos à la clarinette, Joana Queiroz au sax ténor, Maria Portugal à la batterie et toutes quatre aux vocaux. Elles ont apporté une énergie nouvelle qui m’a beaucoup plu. Face au succès remporté au Chili Arrigo décide de présenter le spectacle à São Paulo, où il fait un tabac. Evidement, auprès d’un public restreint, plutôt cultivé et intello. Mais les gens venaient me voir et me disaient : C’est fou ! On a l’habitude de voir ta musique joué par des hommes et là on voit ces petites gamines en train de jouer ces trucs hyper compliqués, avec une technique et un son d’enfer et en plus elles se marrent, elles ont vraiment l’air de s’amuser, c’est sidérant.

L’idée de faire un DVD de l’aventure pointait. C’est alors qu’Isabel Ribeiro crée Défis et propose à Arrigo de lancer un de ses albums. Au tout dernier qu’il venait de terminer avec d’autres musiciens, Arrigo préférera celui qu’il n’a pas encore enregistré avec la nouvelle version de Clara Crocodilo. Il convoque toute la bande dans un studio à São Paulo et en quatre jours l’album était en boîte. C’est peu quatre jours, tout s’est fait dans l’urgence, il a fallu mettre la pression. Il y avait une atmosphère tendue, nerveuse, il y a eu des engueulades, et tout cela se sent dans l’album mais c’est bien.

C’est plus que bien, c’est excellent.

Ces retrouvailles avec la symphonie du chaos et la narration sur le mode d’un rock tendance free jazz opératique, on aurait pu craindre que ce travail singulier n’aie pris quelque ride. Mais avec des arrangements entièrement réécrits, un nouveau paysage sonore, plus agressif, plus punchy, plus déjanté et le son de l’ensemble tiré par le groove des filles, Clara Crocodilo s’offre une véritable cure de jouvence.

Quand on a terminé d’enregistrer et qu’on a écouté le résultat, les filles m’ont dit que c’était «  très Ramones » (même si on ne peut s’empêcher de penser un peu – aussi – au Prince de « Purple rain »). Par ailleurs, Arrigo a valorisé la partie instrumentale et minimisé l’importance de vocaux – Dans un CD destiné à sortir à l’étranger cela ne sert à rien de privilégier les vocaux dans une langue que le public ne comprend pas…

Et, dernier changement, le titre du CD… au pluriel : ClaraS e CrocodiloS, en guise de clin d’œil. Plutôt que de mettre l’accent sur la musique, nous l’avons mis sur les musiciens qui la jouent : quatre Claras toutes jeunettes et trois vieux Crocodiles. Pour un choc de génération salutaire!